[Data] Dans les coulisses des pages Wikipédia des candidats

Article initialement publié sur le site de la 92è promotion de l’ESJ Lille « Au Charbon ».

Wikipédia est une source d’information pour des millions de citoyens, qui devient cruciale en période électoriale. Comment fonctionnent les pages de candidats, et qui y contribue ? Nous avons analysé les pages Wikipédia des cinq principaux candidats à la présidentielle, permettant ainsi de rejouer la campagne telle qu’elle s’est jouée sur le net.

 

Tapez « Emmanuel Macron » sur Google, et le premier résultat que vous obtiendrez sera sûrement sa page Wikipédia. Idem pour tous les autres candidats, dont les pages Wikipédia, très proposées par Google, ont été consultées plus de 11,3 millions de fois entre septembre 2016 et avril 2016 pour les cinq plus importants d’entre eux. Un enjeu démocratique crucial en période électorale. Nous avons analysé le comportement des pages des cinq principaux candidats, entre le 15 septembre 2016 – juste avant le début de la primaire de la droite – et le 15 avril 2017 – moins de deux semaines avant le premier tour de la présidentielle. Retour sur les batailles d’éditions qui s’y sont déroulées pendant la campagne.

Les pages s’allongent au fil de la campagne

La période électorale est tout d’abord le moment où les pages des candidats s’allongent. Au rythme de l’actualité, les contributeurs plus ou moins confirmés viennent garnir les « wiki » des candidats, avec toujours la même exigence, qui fait la puissance de Wikipédia : la vérifiabilité. C’est-à-dire que toute information ajoutée doit être sourcée, et renvoyer à un article de médias, un livre, une déclaration publique, etc.
La page la plus fournie est celle de Marine Le Pen. Au début de la campagne électorale, les pages de François Fillon et Jean-Luc Mélenchon venaient ensuite. Mais au fil des mois, c’est la page d’Emmanuel Macron qui a le plus gagné en informations, le plaçant à la troisième place en avril 2017.

evolutiontaille

En tout, les pages des cinq principaux candidats ont été éditées 3975 fois sur la période étudiée. Des modifications librement consultables, conformément à la politique de transparence de Wikipédia. Cela fait une moyenne de 19 modifications par jour. Mais les pages n’attirent pas toutes le même niveau d’intérêt des internautes.

L’inégale activité entre les pages des candidats

Avec 1 300 modifications, la page de François Fillon a été la plus éditée, notamment du fait de la primaire de la droite et des affaires. Mais si l’on s’intéresse au nombre de contributeurs, c’est Emmanuel Macron qui arrive en tête, avec 270 internautes ayant apporté des modifications sur sa page.

comparez

Un décompte qui a toutefois des faiblesses, car il ne permet pas de distinguer entre réels apports informationnels et ajouts inutiles ou plaisanteries de mauvais goût (appelées « vandalisme » par la communauté des Wikipédiens). En effet, le fonctionnement de Wikipédia permet à tout un chacun d’écrire ce qu’il veut, même si les mauvaises blagues sont très rapidement repérées et nettoyées.

En temps de campagne électorale, les « guerres d’édition » entre militants se font aussi ressentir sur Wikipédia. De fait, comment exprimer clairement, et d’une manière qui satisfait la communauté, le rapport de tel ou tel candidat avec la Russie, ou sa position concernant les enjeux sociétaux ? Des débats peuvent ainsi parfois enfler, comme en janvier dernier, quand la rubrique « religion » de la page de François Fillon a été l’objet d’un vrai débat entre contributeurs (100 modifications en cinq jours).

On pourrait s’attendre à ce que certains candidats attirent davantage les « trolls » que d’autres. À priori, il n’en est rien. Lorsqu’on observe le nombre de suppressions (c’est-à-dire le nombre de fois où les Wikipédiens ont jugé qu’un élément était inutile ou inapproprié), les candidats sont presque à égalité. La part des suppressions dans l’ensemble des modifications oscille entre 27 % chez Marine Le Pen et 36 % chez Jean-Luc Mélenchon.

A ce stade, on peut constater un double paradoxe concernant la page Wikipédia de Marine Le Pen. Sa page reste la plus fournie tout au long de la campagne, mais c’est celle qui est la moins modifiée (379 modifications en sept mois). Et surtout, elle a été la moins consultée, avec 1,1 million de vues, alors que Marine Le Pen s’est hissée au second tour avec 21,3 % des voix.

Qui fait Wikipédia ?

Qui sont ceux qui éditent ces pages politiques? Wikipédia prétend être une encyclopédie participative, gratuite, faite par tous et pour tous. Mais l’analyse des pages des candidats, montre qu’on est loin de cette vision inclusive de l’édition.

Les cinq pages ont été modifiées par 764 internautes. Mais tous ne participent pas à la même échelle. D’un côté, il y a les tout petits. 591 contributeurs (77% du total) n’ont participé qu’une ou deux fois. Parfois pour faire du “vandalisme”, parfois pour de réelles contributions. De l’autre côté, se trouvent les plus gros. Les 50 contributeurs les plus actifs (sur 764) ont réalisé 63% de toutes les modifications. Une minorité d’individus est responsable d’une majorité de l’activité sur ces pages Wikipédia.

contributeurs

Parmi les principaux contributeurs, un certain Erik Bovin, responsable à lui seul de 14% des modifications. Il est actif sur toutes les pages que nous observons, avec tout de même plus de contributions sur la page d’Emmanuel Macron. « Erik Bovin » est en réalité un internaute de 26 ans, diplômé de Sciences Po Lyon, qui travaille aujourd’hui dans un cabinet d’audit. La politique est son sujet de prédilection, une passion qu’il alimente en suivant de près l’actualité.

Le jeune homme est conscient du déséquilibre entre l’activité des uns et des autres sur ces pages. « Je le regrette, affirme-t-il. C’est pour cela que j’essaye d’encourager tous les internautes, en utilisant une fonction spéciale de “remerciement” quand leur ajout est utile.»

En période électorale, « Erik Bovin » confirme la recrudescence des interventions militantes, qu’il a pu observer sur les pages des politiques. « Mais on parvient à les modérer assez facilement. Les attaques de trolls militants sont occasionnelles et vite réglées », explique-t-il. En effet, comme de nombreux autres « Wikipédiens », Erik utilise une fonction qui permet de recevoir une alerte dès qu’une page choisie est modifiée. La liste de pages suivie par Erik Bovin est plutôt fournie afin d’assurer une régulation efficace. Si bien que les mauvaises informations (comme « Jean-Luc Mélenchon meurt le 18 janvier 2017 ») ne restent que quelques minutes en ligne.

Le travail de ces centaines de contributeurs anonymes est un projet politique qui n’est pas anodin. Erik Bovin raconte qu’il a commencé à contribuer à l’encyclopédie numérique en 2010. Le jeune homme raconte qu’il était, à l’époque, « complaisant » avec la complosphère, Dieudonné, Alain Soral, ayant lui même un proche impliqué dans ces cercles. Wikipédia a été un outil d’auto-éducation et l’a éloigné de ces sphères. Comme si l’exigence de vérifiabilité, couplé au contrôle de la communauté, étaient en complète opposition avec ces sphères. Bref, l’utopie politique (de gauche ?) de Wikipédia a des effets parfois insoupçonnés.

Brice Le Borgne

Vidéo d’introduction réalisée en partenariat avec l’école de graphisme lilloise E-Art Sup, sur la base d’une analyse data personnelle.

Publicités

[Article] Quelle couleur pour Macron et Le Pen ? Le casse-tête des rédactions

Article initialement publié sur le site de la 92è promotion de l’ESJ Lille « Au Charbon »

Les couleurs ont un sens, surtout quand il s’agit de politique. Pour les partis installés dans le paysage politique depuis des décennies, la question se règle rapidement : rouge et rose à gauche, bleu à droite. Mais de quelle couleur représenter les résultats d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ?

C’est un casse-tête éditorial, technique et esthétique, auquel les équipes des grands médias ont commencé à se confronter il y a plusieurs mois. Quelle couleur utiliser pour représenter Emmanuel Macron et Marine Le Pen, quand l’un ne se revendique « ni de gauche, ni de droite », et l’autre tente de se défaire de son image d’extrême droite ? Au Parisien, la question épineuse de la couleur de Macron a surgi dès février dernier, comme en témoigne Pierre Chausse, un des responsables numérique du quotidien :

A France Télévisions, la question s’est posée dès novembre 2016. Arnaud Vincenti, directeur artistique de l’information du groupe, a participé au choix des couleurs, ensuite adoptées par l’ensemble des chaînes locales et nationales, sites d’information et applications de France TV et France Info. « L’ensemble des couleurs était déjà trusté par les partis déjà existants, donc l’arrivée de nouveaux partis change la donne », admet-t-il. Les rédactions ont donc dû jongler avec leurs propres contraintes. Voici le résultat de cette délibération, concernant Marine Le Pen, pour plusieurs grands médias français, depuis 2012.

Comment les médias représentent le Front national depuis 2012 ?

Le Monde

Média Présidentielle 2017 Législatives 2012 Présidentielle 2012
Le Figaro
Libération
Le Parisien
France Info
AFP

Alors que les choix de couleurs étaient hétérogènes en 2012, une bonne partie des médias opte cette année pour différents tons de bleu marine. « Ça n’a pas trop fait débat chez nous, on a opté pour un bleu-vert », se souvient Arnaud Vincenti.

Un choix éditorial ?

Au sein des équipes du Monde, le choix a été moins évident. « On hésite sur la couleur du Front national depuis 2012, explique Jérémie Baruch, de l’équipe des Décodeurs. Quand Marine Le Pen a lancé le Rassemblement Bleu marine, on a opté pour la couleur bleu marine ». Un choix qui ne leur convenait qu’à moitié, car cela revenait à reprendre les éléments de  communication visuelle du parti. « On ne voulait pas éditorialiser dans son sens, on est donc revenu au marron-gris », explique le journaliste du Monde.

Un choix de couleur explicitement éditorialisé que certains médias, comme France Télévisions, ne peuvent pas faire. « Nous sommes le service public, il est donc pour nous hors de question de prendre ce genre de décision », explique Arnaud Vincenti.

Au choix éditorial s’ajoutent plusieurs contraintes techniques. Les rédactions doivent harmoniser les couleurs entre leur site web, leur application mobile, et le cas échéant, leur version imprimée. Au Monde, les couleurs des encres du print, moins précises que le sur le web, obligent les infographistes à choisir des tonalités franches. Pas de bleu marine, qui pourrait être confondu avec le bleu des Républicains.

Il est parfois difficile de trouver une solution définitive. Emeline Gaube, datajournaliste pour le site web de BFMTV, jongle avec les couleurs pour ses infographies. « Je change de couleurs selon mes besoins, explique-t-elle. Si j’utilise déjà une palette de bleu pour François Fillon, je dois trouver autre chose pour le FN. Je mets parfois Marine Le Pen en noir quand j’ai besoin d’une grande palette de nuances ».

Mais les couleurs du Front national, comme celles d’En Marche !, s’harmoniseront sans aucun doute au fil des prochaines élections, surtout si ces partis s’installent durablement dans le paysage politique.

Macron : quelle couleur pour le « ni droite, ni gauche » ?

La réelle nouveauté de cette élection présidentielle est l’arrivée du nouveau mouvement En Marche ! sur la scène politique. Un nouveau casse-tête pour les graphistes. « Globalement, j’essaye de respecter la couleur des logotypes des partis, poursuit Emeline Gaube, de BFMTV. Mais Emmanuel Macron n’a pas vraiment de couleur définie, son logo est noir et blanc ». Dès lors, quelle couleur choisir pour un mouvement qui ne souhaite pas être identifié sur l’axe traditionnel droite/gauche ?

Comment les médias représentent Emmanuel Macron ?

Le Monde Le Figaro France Info

Média Couleur utilisée pour la présidentielle 2017
Libération
Le Parisien
AFP
La Croix

Pour Jules Bonnard, datajournaliste à l’AFP, « il fallait tenir compte du positionnement politique inédit d’Emmanuel Macron. Le jaune que nous avons choisi est aussi parfois la couleur donnée aux partis régionalistes lors des élections locales. » Et, à l’AFP, les choix chromatiques sont d’autant plus important que ce sont ceux que Google utilise pour afficher les résultats directement dans son moteur de recherche.

Une grande partie des médias a opté pour différentes variantes de jaune et d’orange. Une couleur qui place En Marche ! dans la continuité (chromatique, du moins) du parti centriste du Modem, dont le logo est orange.

Deux médias au moins font exception. Le Parisien a choisi le violet, opportun mélange entre le rouge de la gauche et le bleu de la droite. Une couleur également envisagée par les équipes du Monde, « mais on utilisait déjà cette couleur pour Nicolas Dupont-Aignan », explique Jérémie Baruch, des Décodeurs. Autre exception à la règle du jaune : France Info, qui a opté pour un gris clair. Si la couleur est souvent associée à l’absence de données, Arnaud Vincenti, de France Télévisions, assume totalement la décision. « Nous avions pensé à la tonalité parme, mais elle servait déjà pour le décor de plateau lors des primaires. Le orange était déjà utilisé pour le Modem. Et nous nous réservons le jaune comme couleur non-éditoriale (comme pour l’abstention ou la participation, par exemple). Donc nous avons opté pour le gris », détaille-t-il.

Pour lui, le gris correspondrait aussi à la volonté d’En Marche ! de ne pas être identifié à un camp politique traditionnel. « Le gris clair, c’est aussi une couleur un peu virginale : celle d’un parti en construction », conclut Arnaud Vincenti.

Brice Le Borgne (daltonien)

Flushback. Les précédentes présidentielles au travers des Unes

Au début de l’automne 2016, la primaire de droite n’avait pas encore eu lieu. Trois principaux candidats allaient s’affronter, et ils avaient tous déjà occupé des fonctions gouvernementales. Depuis 30 ans pour Juppé, 23 ans pour Sarkozy et Fillon. Dans le même temps, la famille Le Pen lançait un de ses membres dans la campagne pour la septième élection consécutive (oui, ça fait 42 ans qu’on y a droit). Mélenchon y allait aussi, tout le monde supposait que Hollande également. Bref, 2017 avait des airs de 2012 (voire de 2007) et on allait devoir patienter pour enfin constater le renouvellement, le « faire de la politique autrement », promis depuis maintenant longtemps.

Les collègues avec qui j’avais la chance d’être en stage ont donc eu l’idée d’observer les précédentes élections présidentielles (2007 et 2012) au prisme des unes des principaux quotidiens nationaux (Libé, Le Monde, Le Figaro) et de voir si on pouvait en tirer quelque chose d’intéressant. Si le projet initialement envisagé n’a finalement pas abouti, une promenade entre ces (environ) 1 000 unes reste tout à fait passionnante. Voici quelques points saillants de ce voyage dans le temps, qui semble pourtant bien contemporain.

  • Hommage à Nicolas Sarkozy

J’ai commencé à consulter ces unes en septembre, quand Sarkozy n’était pas encore hors-jeu. Les tambours de sa campagne font inévitablement penser à ceux de 2007 et 2012, et j’ai été plusieurs fois en admiration devant certaines pages, face aux perspectives temporelles qu’elles apportaient. Petit florilège.

Cliquez sur les images pour les agrandir et voir leur date de publication.

  • Le renouvellement, c’est pas maintenant.

Même après l’élimination de Nicolas Sarkozy, on trouve de quoi rire (jaune). Et avec des unes encore plus vieilles (pas difficile à trouver pour Fillon, par exemple), on n’imagine pas le désastre. Difficile de deviner si ces titres datent de 2011-2012 ou 2016.

Sur Fillon.

Sur la sempiternelle « menace » du FN.

Sur le désordre à gauche, ces unes de 2011-2012 pourraient être celles de 2017.

Et sur Mélenchon : on pourrait parier qu’il s’agit de titres de la prochaine campagne.

  • Débats de campagne : ça tourne en boucle

Islam, insécurité, nucléaire, cannabis, jeunesse : on prend les mêmes thèmes de campagne et on recommence. Ces unes sont tirées de 2007 et 2012.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

D’ailleurs, sur l’islam comme objet médiatique, je vous conseille cette étude super bien faite.

  • Sondage mon amour

Avec les sondages, les principaux quotidiens observés ont un comportement un poil schizophrénique. Chapitre 1 : souligner la méfiance et la distance qu’il est bon de prendre vis-à-vis des sondages. Chapitre 2 : en abreuver le lecteur.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

  • Autre temps, (presque) autres mœurs

Et puis en se promenant au travers de ces unes, on tombe sur des choses plus particulières. Des images ou des titres qui rappellent que, vraiment, c’était un autre temps. Ou qu’au contraire, rien ne change.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Et plus précisément, l’actualité (en 2016-2017) du Moyen-Orient donne un sens particulièrement déprimant à ces unes. C’était il y a cinq ans :

  • L’Internet

Plus léger, maintenant. Il est amusant de voir comment, en 2006 par exemple, étaient évoqués Youtube, les sites de e-commerce ou les réseaux sociaux. « C’est fou la technologie, de nos jours. »

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Conclusion : je ne veux pas dire que ces répétitions politiques sont incohérentes et toutes néfastes. Mais elles confirment l’impression que l’innovation agite tous les domaines de la société, excepté la politique.

PS : Merci à Victor et Henry pour les conseils et l’aide technique.

PPS: si vous ne saisissez pas le titre, en anglais, « flush » =

flush

[Article] Conseil d’ami : informez vous ailleurs que sur Facebook

Hier, je parlais avec un ami sur Messenger, le service de chat de Facebook, de la venue d’une représentante d’Israël à une conférence. Quelques minutes plus tard, j’allais sur Facebook et parmi les publications sponsorisées, j’ai vu passer une pub pour un job en Israël.

L’effet de bulle de Facebook n’est plus à démontrer. Merci les cookies, merci tous les petits robots qui scrutent nos agissements sur les Internets du web mondialisé. Sauf que quand ça s’applique à l’information, ça pose question : est-ce que ça vous convient de n’être confronté qu’à des articles qui ne sont sélectionnés que parce qu’ils correspondent à ce que vous aimez ?

15211513_10211401220685338_1005494050_n
Donc là j’ai mis une photo de bulle pour illustrer l’idée, tavu. Et pour que cette légende serve à quelque chose, je vous recommande le travail photographique de Melvin Sokolsky que vient de me faire découvrir un ami. Bisou

Le sujet a vastement été débattu, notamment à la suite de l’élection de Trump. Pour ceux qui veulent un peu de lecture, voici :

Face à la sélection faite par Facebook, le fait de « liker » un média ne suffit donc pas pour voir tous les articles qu’il publie. Mais vous me direz que Facebook est pratique : on a tous nos médias préférés au même endroit.

Brace yourself : il existe des plateformes pour rassembler justement tous les articles de vos médias favoris, sans être l’otage de la cuisine de Facebook. J’utilise depuis quelques temps Feedreader, un agrégateur de flux RSS, dont je vous propose ici un petit aperçu.

Les flux RSS existent depuis le début des années 2000 et sont super pratiques : il s’agit d’une liste d’informations sur les modifications d’un site, à laquelle on peut accéder une fois qu’on a activé le flux. En gros, il s’agit d’une notification envoyée à chaque fois qu’un article est publié.

Une version simple de Feedreader est disponible en ligne, il s’agit de Feedreader Online. Des versions téléchargeables, de ce programme ou d’autres, sont disponibles et sûrement plus élaborées. Une fois votre compte créé, vous pouvez vous abonner aux médias que vous désirez, en cliquant simplement sur « Add a new feed ».

feed1

J’ai par exemple créé une catégorie Actu, qui rassemble les flux du Monde, Médiapart ou du Guardian. Dans le screenshot ci-dessus, c’est le fil du Monde qui est sélectionné. Je vois ainsi les articles passer quand ils sont mis en ligne, avec un résumé et un lien pour chacun. Rien de bien sorcier.

J’utilise Feedreader depuis peu, et je ne sais absolument pas s’il existe des services gratuits qui font un meilleur taf. Mais il a le mérite d’avoir accès à une certaine exhaustivité des articles publiés sans avoir à consulter plusieurs sites différents.

Si vous avez d’autres conseils pour percer la bulle, partagez les.

Photo: Parce que c’est teeellement bon d’être une beeelle famille de blancs, blonds aux dents resplendissantes. Aucun rapport, sinon.

[Data] 2017. Ce que les QG de campagne disent des candidats

Cet article a été réalisé dans le cadre de mes études. Il avait pour objectif premier de tâter des objets multimédias. J’ai essayé d’en faire quelque chose d’intéressant, mais je ne suis pas encore satisfait du rendu final. C’est un travail que je continuerai dans quelques mois, quand tous les candidats à l’élection présidentielle seront déclarés.

Mercredi 16 novembre, Marine Le Pen inaugurait son siège de campagne pour la présidentielle. Les journalistes ont pu découvrir le nouveau logo du parti, et beaucoup ont repris un élément de communication de l’équipe frontiste: leur quartier général est situé “à 1,7 km seulement de l’Elysée”.

Les candidats et leurs équipes de communicants semblent friands de symboles comme celui-ci. Alors, faisons parler les QG des candidats. Nous avons ici recensé les sièges de campagne des principaux candidats, et dont les adresses sont disponibles (tout est dispo et sourcé ici). Suivez le guide.

(l’interactif ci-dessous ne peut pas s’afficher correctement sur mon blog, cliquez sur l’image pour y accéder)

storymap

La surface des QG, repérée dans différents articles de presse, varie de 60 m² pour Arnaud Montebourg, dans le XVè, à 1 000 m² pour Emmanuel Macron.

graph-surface

Il est intéressant de noter que la plupart des QG de campagne sont situés rive-gauche, et parfois dans les quartiers huppés. Seuls Marine Le Pen et Jean-Luc Mélanchon font exception. Le siège de campagne de la première est toutefois situé rue du Faubourg Saint-Honoré, à deux pas des Champs-Elysées… Pour un emplacement « proche du peuple » et anti-système, il faudra repasser. Jean-Luc Mélenchon, lui, s’est installé aux abords de la gare du Nord, sans que l’on connaisse l’adresse exacte.

En étudiant le loyer médian de chaque arrondissement (données du 1er trimestre 2016 disponibles ici), on constate que bon nombre de QG des candidats de droite se trouvent dans des arrondissement où le loyer médian est plus élevé.

Pour autant, corrélation n’est pas causalité. Il est facile d’imaginer que d’autres facteurs entrent en ligne de compte (proximité avec l’Assemblée nationale, avec le QG du parti, disponibilité de grandes surfaces, centralité…). Idéalement, quand j’aurai plus de temps, je croiserai l’emplacement des QG avec d’autres statistiques sûrement disponibles. Un travail qui sera intéressant à mener une fois que les candidats aux différentes primaires seront désignés et quand tous les QG seront connus.

D’ailleurs, dans cette enquête, je n’ai pas pu intégrer les QG de tous les candidats. Le siège de campagne de Yannick Jadot (EELV) n’est pas encore connu. Il devrait être dans le siège du parti, mais celui-ci doit prochainement déménager à Montreuil, à une adresse encore inconnue.

Quant à Jacques Cheminade, il garde l’emplacement de son QG secret….

cheminade2.gif

[Article] SVP, arrêtez de nous appeler « les médias ». Ça n’existe pas.

Le 23 septembre 2016, le journaliste du Washington Post Paul Farhi publiait un billet pour enjoindre ses lecteurs à ne pas utiliser l’expression « les médias ». Un argumentaire simple mais efficace traduit rapidement ici. L’original est disponible ici.

 

« Chers lecteurs : s’il vous plait, arrêtez de nous appeler « les médias ». Une telle chose n’existe pas.

A : Tout le monde

De : Paul Farhi

Objet : « Les médias »

Les amis, je sais que beaucoup d’entre vous n’aiment pas les gens travaillant dans la profession que j’ai choisie, l’industrie de l’information. Je suis au courant que vous pensez que nous sommes flemmards et injustes (oui, je reçois vos mails et tweets à ce sujet). Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec vous. Je connais beaucoup de personnes très bonnes dans l’art et la science de l’assemblage de l’information. Mais je ne vous écris pas pour ça.

Je vous écris car j’ai une demande : s’il vous plait, arrêtez de nous appeler « les médias ».

Oui, en un sens, nous sommes les médias. Mais pas de la manière grossière dont vous utilisez cette expression. Elle est tellement imprécise et générique qu’elle a perdu toute signification. C’est – comment pourrions-nous dire ? – flemmard et injuste.

Telle que je comprends votre utilisation de ce terme, « les médias » est d’une certaine manière un raccourci pour toute chose que vous avez lue, vue ou entendue dans la journée et que vous désapprouvez ou n’aimez pas. Quand bon vous semble, vous trouvez « les médias » trop partiaux, concernant votre candidat préféré, un enjeu qui vous concerne, ou votre mode de vie.

Mais, vous savez, les médias ne font pas vraiment ça. Certains articles, certains reportages, certains mecs qui déblatèrent sur un plateau de CNN ou sur CrankyCrackpot.com peuvent tomber dans ce travers. Mais aucune de ces situations particulières ne représente les médias.

De fait, il n’existe vraiment rien de tel que « les médias ». C’est une invention, un outil, un gribouilli passe-partout pour ceux qui ne veulent pas s’encombrer de distinctions.

Voyez plutôt : il existe des centaines de réseaux TV, environ mille télés locales, un petit millier de journaux et de magazines, plusieurs milliers de stations radios et une myriade de site, blogs, newsletters et podcasts. Il y a aussi Twitter, Facebook, Snapchat, Instagram et ne sais-je quel nouveau truc numérique.

C’est tout cela, dans son ensemble, qui constitue les médias.

Mais ce large éventail de sources d’information – du New York Times à Plastique et Caoutchouc Actu – aide à définir ce qui ne va pas dans le fait de parler « des médias ». Avec tellement de canaux d’information, impossible de faire du journalisme exhaustif. Ceux qui travaillent dans les médias ne se rassemblent pas dans des pièces confinées tous les matins en allumant leur ligne de téléconférence pour fomenter des complots dans le but de vous irriter ou vous perturber. Il n’y a pas de « médias » en tant que conspiration voulant biaiser votre perception du monde.

Dans les faits, nous sommes des dizaines de milliers à prendre des millions de décisions individuelles quand nous perçevons et décrivons le monde. Nous ne sommes pas tous d’accord sur la façon de traiter un candidat, un grand sujet ou le match d’hier soir.

Donc même si quelque chose sur Fox News vous alarme ou vous rend furieux, Fox n’est pas « les médias ». NBC ou MSNBC [ou BFMTV ou TF1 ou …, ndlr] non plus. Le Washington Post, le New York Post, le Denver Post ou le Saturday Evening Post non plus.

Rassembler ces entités disparates sous la même, unique et fade étiquette, c’est comme définir les habitants des océans par « les poissons ». C’est vrai, mais vraiment sans aucun sens.

Non seulement nous avons des désaccords d’une chaine TV à l’autre, d’un journal à l’autre, mais nous avons aussi des désaccords à l’intérieur même de nos propres organisations. La page éditoriale du Washington Post n’est pas la partie « actu » du Washington Post. Les bloggers du journal ne sont pas ceux qui écrivent des articles d’opinion ; ces derniers ne sont pas nos journalistes. Aucune de ces personnes ne reflète à elle seule le jugement définitif et collectif du Washington Post.

Il est vrai que beaucoup de personnes disent qu’ils ne font pas confiance aux « médias » et nous méprisent à peu près autant qu’ils méprisent le Parlement, les vendeurs du télé-achat ou le virus Zika. (Deux indicateurs ici : l’institut Gallup montrait la semaine dernière que la confiance dans les journaux et les émissions était tombé à son plus bas niveau ; un sondage publié mercredi par la NBC et le Wall Street Journal plaçait la notation « défavorable » des « médias d’information » juste au dessus de celle de « Vladimir Poutine ».)

Mais je suspecte les gens de ne pas nous détester autant qu’ils le disent. La plupart de ce que nous produisons est consommée avec reconnaissance, ou du moins sans objection – les nouvelles actualités, le journalisme d’investigation, les sujets « humains », l’information du coin de la rue et du bout du monde. En fait, les gens aiment et font confiance aux sources qu’ils choisissent eux-mêmes, ce qui explique pourquoi ils continuent de les suivre jour après jour. Ceux qui répondent aux sondages ne reconnaissent pas cela quand on les interroge sur cette abstraction difforme appelée « les médias d’information ».

Et, oui, beaucoup de gens disent que « les médias » sont biaisés en faveur du libéralisme. Peut-être est-ce le cas, étant donné que les conservateurs et leurs soutiens le martèlent depuis des décennies. Certaines histoires font surement montre d’une tendance favorable aux positions libérales. Mais ce sont des exceptions. Et comme toute « preuve » fondée sur des exceptions, elles reposent sur des biais de confirmation – la tendance à chercher des informations qui confortent notre propre vision du monde, créant ainsi une machine perpétuelle d’auto-confirmation.

L’énorme stock de recherches académiques sur les biais médiatiques mène à une conclusion moins satisfaisante : ça dépend. Les « biais médiatiques » dépendent de ce qui est étudié, quand et même par qui ; cela dépend, aussi, de la définition de « libéral » et « conservateur ». Au final, cependant, les biais libéraux ou conservateurs en journalisme semblent s’annuler les uns avec les autres, selon une « méta-étude » (une étude sur les études) de 2012 sur les recherches à propos des biais médiatiques. L’universitaire David W. D’Alessio a examiné 99 études sur la manière d’informer pendant les élections présidentielles entre 1948 et 2008. Sa conclusion ? Le traitement de l’actualité orienté à gauche était équilibré par un traitement plus favorable aux conservateurs. Match nul, en d’autres termes.

Pour conclure, un petit conseil : la prochaine fois que l’envie vous prend de grogner contre « les médias » à propos d’une supposée atteinte à La Vérité, soumettez votre réclamation aux 5 W que nous avons appris en cours de journalisme. Qui (Who). Quoi (What). Quand (When). Où (Where). Pourquoi (Why). Qui l’a dit ou l’a écrit ; où cela a été dit ; etc. (On considère en général que le « Pourquoi » est la partie la plus difficile de l’équation.)

Vous découvrirez que votre grief est spécifique, pas général. Vous découvrirez aussi que parler « des médias » fait à peu près autant de sens que parler « des gens ». Certains sont justes, certains ne le sont pas. Mais ils ne sont pas tous identiques. Il est fructueux de savoir qui est qui.

Merci,

Paul. »

Crédit photo: Franck Fife/AFP/Getty Images

 

Pour toutes remarques concernant la traduction, n’hésitez pas à me contacter, sur Twitter par exemple.

La mémoire d’Antofagasta découverte dans des valises

Traduction peu rigoureuse d’un article réalisé pour El Mercurio de Antofagasta.

 

Dans un endroit reculé du campus de l’Université catholique du Nord, trois étudiants travaillent dans une petite pièce à la lumière d’un néon blanc. Sur des fils qui traversent la salle, des dizaines de photos sont suspendues par des pinces à linge. Des photos d’une manifestation syndicale, d’une danseuse, d’un inconnu ou de Pinochet. « Il va falloir commencer à ordonner tout ça, mettre des dates », souligne Sebastian Castro, tout en fouillant dans une valise de photos.

Lire la suite

Capturer l’obscurité d’Antofagasta

Traduction pas hyper rigoureuse et sexy d’un article publié dans le Mercurio de Antofagasta!

 

Durant juillet et août, la Fundación Minera Escondida accueillait l’exposition du photographe antofagastino Luciano Paiva. Une exposition humaniste mettant en avant les personnes continuant de travailler dans l’obscurité quand pour la majorité, la journée de travail touche à son terme.

 

Rue Matta, 22h. Les boutiques ferment et les travailleurs avancent, les épaules lourdes, vers leur foyer pour trouver le repos, sans se préoccuper de ce qui les entoure. Dans cette ambiance de transition, Luciano Paiva se promène, appareil photo en main.

Lire la suite