[Article] Quelle couleur pour Macron et Le Pen ? Le casse-tête des rédactions

Article initialement publié sur le site de la 92è promotion de l’ESJ Lille « Au Charbon »

Les couleurs ont un sens, surtout quand il s’agit de politique. Pour les partis installés dans le paysage politique depuis des décennies, la question se règle rapidement : rouge et rose à gauche, bleu à droite. Mais de quelle couleur représenter les résultats d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ?

C’est un casse-tête éditorial, technique et esthétique, auquel les équipes des grands médias ont commencé à se confronter il y a plusieurs mois. Quelle couleur utiliser pour représenter Emmanuel Macron et Marine Le Pen, quand l’un ne se revendique « ni de gauche, ni de droite », et l’autre tente de se défaire de son image d’extrême droite ? Au Parisien, la question épineuse de la couleur de Macron a surgi dès février dernier, comme en témoigne Pierre Chausse, un des responsables numérique du quotidien :

A France Télévisions, la question s’est posée dès novembre 2016. Arnaud Vincenti, directeur artistique de l’information du groupe, a participé au choix des couleurs, ensuite adoptées par l’ensemble des chaînes locales et nationales, sites d’information et applications de France TV et France Info. « L’ensemble des couleurs était déjà trusté par les partis déjà existants, donc l’arrivée de nouveaux partis change la donne », admet-t-il. Les rédactions ont donc dû jongler avec leurs propres contraintes. Voici le résultat de cette délibération, concernant Marine Le Pen, pour plusieurs grands médias français, depuis 2012.

Comment les médias représentent le Front national depuis 2012 ?

Le Monde

Média Présidentielle 2017 Législatives 2012 Présidentielle 2012
Le Figaro
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Le Parisien
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Alors que les choix de couleurs étaient hétérogènes en 2012, une bonne partie des médias opte cette année pour différents tons de bleu marine. « Ça n’a pas trop fait débat chez nous, on a opté pour un bleu-vert », se souvient Arnaud Vincenti.

Un choix éditorial ?

Au sein des équipes du Monde, le choix a été moins évident. « On hésite sur la couleur du Front national depuis 2012, explique Jérémie Baruch, de l’équipe des Décodeurs. Quand Marine Le Pen a lancé le Rassemblement Bleu marine, on a opté pour la couleur bleu marine ». Un choix qui ne leur convenait qu’à moitié, car cela revenait à reprendre les éléments de  communication visuelle du parti. « On ne voulait pas éditorialiser dans son sens, on est donc revenu au marron-gris », explique le journaliste du Monde.

Un choix de couleur explicitement éditorialisé que certains médias, comme France Télévisions, ne peuvent pas faire. « Nous sommes le service public, il est donc pour nous hors de question de prendre ce genre de décision », explique Arnaud Vincenti.

Au choix éditorial s’ajoutent plusieurs contraintes techniques. Les rédactions doivent harmoniser les couleurs entre leur site web, leur application mobile, et le cas échéant, leur version imprimée. Au Monde, les couleurs des encres du print, moins précises que le sur le web, obligent les infographistes à choisir des tonalités franches. Pas de bleu marine, qui pourrait être confondu avec le bleu des Républicains.

Il est parfois difficile de trouver une solution définitive. Emeline Gaube, datajournaliste pour le site web de BFMTV, jongle avec les couleurs pour ses infographies. « Je change de couleurs selon mes besoins, explique-t-elle. Si j’utilise déjà une palette de bleu pour François Fillon, je dois trouver autre chose pour le FN. Je mets parfois Marine Le Pen en noir quand j’ai besoin d’une grande palette de nuances ».

Mais les couleurs du Front national, comme celles d’En Marche !, s’harmoniseront sans aucun doute au fil des prochaines élections, surtout si ces partis s’installent durablement dans le paysage politique.

Macron : quelle couleur pour le « ni droite, ni gauche » ?

La réelle nouveauté de cette élection présidentielle est l’arrivée du nouveau mouvement En Marche ! sur la scène politique. Un nouveau casse-tête pour les graphistes. « Globalement, j’essaye de respecter la couleur des logotypes des partis, poursuit Emeline Gaube, de BFMTV. Mais Emmanuel Macron n’a pas vraiment de couleur définie, son logo est noir et blanc ». Dès lors, quelle couleur choisir pour un mouvement qui ne souhaite pas être identifié sur l’axe traditionnel droite/gauche ?

Comment les médias représentent Emmanuel Macron ?

Le Monde Le Figaro France Info

Média Couleur utilisée pour la présidentielle 2017
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Pour Jules Bonnard, datajournaliste à l’AFP, « il fallait tenir compte du positionnement politique inédit d’Emmanuel Macron. Le jaune que nous avons choisi est aussi parfois la couleur donnée aux partis régionalistes lors des élections locales. » Et, à l’AFP, les choix chromatiques sont d’autant plus important que ce sont ceux que Google utilise pour afficher les résultats directement dans son moteur de recherche.

Une grande partie des médias a opté pour différentes variantes de jaune et d’orange. Une couleur qui place En Marche ! dans la continuité (chromatique, du moins) du parti centriste du Modem, dont le logo est orange.

Deux médias au moins font exception. Le Parisien a choisi le violet, opportun mélange entre le rouge de la gauche et le bleu de la droite. Une couleur également envisagée par les équipes du Monde, « mais on utilisait déjà cette couleur pour Nicolas Dupont-Aignan », explique Jérémie Baruch, des Décodeurs. Autre exception à la règle du jaune : France Info, qui a opté pour un gris clair. Si la couleur est souvent associée à l’absence de données, Arnaud Vincenti, de France Télévisions, assume totalement la décision. « Nous avions pensé à la tonalité parme, mais elle servait déjà pour le décor de plateau lors des primaires. Le orange était déjà utilisé pour le Modem. Et nous nous réservons le jaune comme couleur non-éditoriale (comme pour l’abstention ou la participation, par exemple). Donc nous avons opté pour le gris », détaille-t-il.

Pour lui, le gris correspondrait aussi à la volonté d’En Marche ! de ne pas être identifié à un camp politique traditionnel. « Le gris clair, c’est aussi une couleur un peu virginale : celle d’un parti en construction », conclut Arnaud Vincenti.

Brice Le Borgne (daltonien)

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